Nous en avions, à l’époque de sa sortie, publié une courte analyse. Nous précisions alors qu’il ne s’agissait, ni plus ni moins, que d’une simple (?) GNU GPL v3 à laquelle venait se substituer une clause spécifique[1] (remplaçant logiquement l’article 13 de la GNU GPL v3 qui permet expressement l’integration de briques sous GNU AGPL dans un tout sous GNU GPL) venant encadrer l’usage qui pouvait être fait du logiciel par le réseau.
Cette licence, réclamée par beaucoup, venait combler l’ « ASP Loophole » (faille des logiciels utilisés en SaaS : Software as a Service[2]) en faisant en sorte que le licencié qui utilise un logiciel pour fournir un service à des utilisateurs via le réseau ne puisse le faire sans redistribuer les modifications qu’il aurait lui-même apportées à ce dernier. Lors de sa sortie, la FSF n’hésita pas à la présenter comme une ouverture plus large de la communauté du logiciel libre, permettant une libération des logiciels à une autre échelle pour créer un « nouveau pot commun » autour de ces programmes utilisés comme services :
La FSF recommande aux développeurs de songer à utiliser la GNU AGPL pour tout logiciel qui fonctionne habituellement au travers d’un réseau.[3]
[…]
Benjamin Mako Hill, membre du conseil d’administration de la FSF, déclara « la GNU GPL a été la licence libre la plus prospère parce qu’elle rend les sources d’un programme disponible pour tous ses utilisateurs. Ceci permet une collaboration massive entre les développeurs, puisque chacun retire un même bénéfice de cette règle. La GNU AGPL permettra le même type de coopération autour des logiciels utilisés pour le service web ou réseau »[4].
[…]
« La GNU AGPL est véritablement une licence communautaire » indiqua Peter Brown, Directeur Exécutif de la FSF. « Les commentaires que nous avons reçu lorsque nous travaillions sur la GPLv3 démontrèrent un désir clair pour ce type de licence. Et grâce à l’aide de la communauté durant la rédaction, nous sommes ravis que l’AGPL remplisse ces besoins ».[5]
Pour un avis contraire, voir cet article sur la position de Google et cet autre sur celle de Microsoft à propose de l’AGPL.
Les réactions furent par ailleurs extrêmes : les uns déclarant qu’il fallait dès lors utiliser systématiquement cette licence (puisque tout logiciel pouvait bien, un jour ou l’autre, être utilisé comme service) ; les autres hurlant à la mort du Libre du fait de son immixtion dans la sphère privée.
Trouvant que cette licence ajoutait une couche de complexité à une GPL déjà bien trop obscure, je ne la conseillais jusqu’à maintenant que rarement, attendant qu’elle se révèle pleinement, dans le bon comme dans le mauvais. La certification récente de la licence par l’OSI oblige néanmoins à prendre une position plus réfléchie sur cette licence. Je dois avouer avoir été assez étonné par celle-ci : seuls quelques mails avaient amorcé la discussion sur la mailing liste de l’OSI dédiée à l’étude des nouvelles licences (voir ce billet pour plus de détails sur la procédure), alors que des licences parfois bien plus simples et sans grand intérêt engendraient des échanges de plusieurs dizaines de mails (pour exemple, les fils dédiés aux licences de Microsoft ou à la GNU GPL ne sont toujours pas terminés après de longs mois).
Initialement plutôt favorable à cette licence qui ajoutait à la famille des licences GNU une particularité que n’abordait avec satisfaction que l’Open Software License (de Lawrence Rosen), je conseille aujourd’hui une assez grande vigilance dans son application. En effet, piqué par la curiosité, j’ai décidé de reprendre l’ensemble des échanges (principalement issus des quelques mailing-lists que je parcours habituellement : debian-legal ; open source –discute et review– ; et free software business) afin de dresser un tableau plus complet de la situation.
Force est de constater que le bilan n’est pas si rose, et l’historique instructif. Le résumé qui suit cherche à présenter le plus fidèlement possible les informations glanées en les regroupant en quelques points : l’historique de cette licence et de ses péripéties, la façon dont elle fut perçue par la communauté et les sociétés, sa portée et les diverses analyses qui complètent son appréhension.