Qui est derrière la campagne de désinformation « Shared Source »[1]

La nuit dernière, j'ai reçu une alerte Google mentionnant un nouveau billet de blog avec un titre des plus trompeurs. Le titre était « l'OSI approuve les « Licences Shared Source » de Microsoft ». Cette demi-vérité allait de pair avec une autre demi-vérité : le fait que je sois président de l'Open Source Initiative basé à Portland (l'OSI est située en Californie). Ce matin, j'ai de nouveau reçu une autre alerte Google, en provenance d'un autre billet de blog avec exactement le même article, mais issu d'un blog entièrement différent. Aucun des deux blogs n'a d'agences de presse qui soient visibles derrière eux. Aucun des blogs ne fournit de quelconques moyens qui permettraient les commentaires ou les corrections. Aussi loin que je puisse dire, les blogs pourraient seulement exister comme un moyen permettant de remplir le cache Google avec quelques informations semi-crédibles — suffisamment, pour duper Google en lui faisant croire qu'elles sont pertinentes, mais suffisamment fausses pour saper le travail de l'OSI et de la communauté de l'Open Source. Seul, je manque probablement de ressource pour examiner le fond de ce problème. Mais je suis optimiste, car avec une communauté aussi large que la nôtre (des milliers de lecteurs du blog réguliers et des millions de visiteurs sur opensource.org), vous pouvez aider à déceler ceux qui ont écrit ses messages anonymes sur ces sites anonymes et amener ces derniers et leurs sponsors à la lumière. Les blogs en question sont :

[les 2 billets ont depuis disparu et les sites n'ont rien de très recommandables]

Aussi, à la question de savoir si l'OSI a approuvé les licences « shared source » ou non, la réelle réponse est : « qui a écrit ce titre ? ». L'action de l'OSI fut d'approuver des licences spécifiques, soumises par une société spécifique qui se trouve être Microsoft, mais la position que nous avons prise est que la procédure d'approbation se concentre sur la licence, et non sur celui qui la soumet. L'OSI n'opère aucune discrimination contre les sociétés ; nous discernons (avec les contributions de la communauté) ce qui est conforme ou non à l'OSD[2]. Et nous considérons si oui ou non l'OSD dans sa forme actuelle est suffisamment irréprochable lorsqu'elle décrit ce qui est Open Source. Et nous faisons beaucoup d'effort pour trouver un équilibre entre 1) encourager plus de participation de la part de sociétés qui ont si peu de foi dans l'irrésistible succès des licences Open Source existantes et qui ne seront uniquement de la partie que lorsqu'elles pourront elles-mêmes se draper dans leurs propres licences conformes à l'OSD, et 2) encourager un mouvement de consolidation envers les licences très connues qui délivrent vraiment tous les bienfaits de l'Open Source, avec toute la qualité légale qu'un développeur de logiciel ou une société pourraient vouloir.

Je n'ai pas de problème à appeler ces licences par leur nom complet, les deux contenant le terme Microsoft, ou à associer ces licences avec la société Microsoft. Il serait maladroit et inopportun, si ce n'est fallacieux, d'essayer de se référer à elle autrement. Mais les identifier comme licence à « shared source », ce qui n'a absolument rien à voir avec pourquoi elles ont été soumises ou pourquoi elles ont été approuvées, est un moyen d'introduire un concept contraire —shared source— dans une conversation sur l'Open Source.

Shared Source est un terme marketing créé et contrôlé par Microsoft. Shared source, ce n'est pas Open Source dit différemment. Shared source est un terme insurgé qui trouble et dilue le message de l'Open Source en usant de termes et de promesses qui semblent similaires. Et à ce jour, « shared source » a été un raté commercial, aussi loin que l'Open Source est concerné.

Mais s'il y a des agents qui essaient d'amener « shared source » dans le domaine de l'Open Source à la façon d'un cheval de Troie, ces agents devraient s'identifier et s'apprêter à s'expliquer. L'OSI a approuvé les licences de Microsoft pour donner à Microsoft le courage de croire à l'Open Source sur des termes que leurs propres juristes peuvent accepter. Ils n'ont pas été approuvés pour rendre l'Open Source subordonné au shared source.

Le prix de la liberté est une sempiternelle vigilance. Je crois qu'il est meilleur de présumer l'innocence jusqu'à ce que la culpabilité soit prouvée, et je crois qu'il est meilleur de traiter toute personne équitablement, sans peur ou faveur. Et nous gérerons le risque d'une telle franchise avec responsabilité. Voyons qui est responsable pour injecter le terme « shared source » dans les affaires de l'OSI, et voyons si Microsoft saura expliquer que, en effet, « shared source » n'a rien à voir avec l'Open Source, de façon à ce que leurs licences Open Source récemment lancées ne tombent pas sous un nuage de suspicion.

Notes

[1] J'ai volontairement choisi de ne pas traduire le terme « shared source » (source partagée), de la même façon que le terme « Open Source » ne se traduit pas.

[2] NDT : l'OSD est l'Open Source Definition. Ce sont les critères qui déterminent si une licence est «open source» au sens de l'OSI. Voire l'OSD officielle (en anglais) ou bien la traduction française d'Erwan Monier.